La presse à scandale

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La ligne rouge entre public et privé est trop souvent franchie.
L’invocation opportuniste de la "pertinence sociale".
La sensation prime sur la déontologie.

La sensation se vend. Et que les médias aiment faire connaître cette sensation n’a rien d’étonnant. Mais ce type d’information ne viole-t-il pas la vie privée?

En été de 2011, l’hebdomadaire Story a lancé une couverture sensationnelle : « Les 849 SMS piquants de Leterme à sa maîtresse » (21 juin 2011). Story se targuait du fait que les messages prouvaient l’influence des activités privées du Premier ministre sur l’exécution de sa fonction, indiquant simultanément la raison primordiale pour laquelle la publication était politiquement pertinente. En publiant cet article, Story n’a-t-il pas dépassé les bornes actuelles du journalisme en ce qui concerne l’information sur la vie privée des figures publiques?

Que la vie privée ne soit pas un privilège, qu’elle n’est réservée qu’à celui qui peut se la permettre, démontre la reconnaissance d’un droit capital au respect de la vie privée par l’article 8 C.E.D.H.. Outre cette disposition légale, le respect de la déontologie journalistique implique qu’un journaliste doit communiquer l’information de manière véridique, tout en respectant la vie privée et la dignité humaine des personnes en question. Ces principes de base se trouvent aussi dans le « Code van de Raad voor de Journalistiek » ou le Code du Conseil pour le Journalisme, avec comme point de départ que l’information journalistique se fait mener, dans l’exercice du droit à l’information et la liberté d’expression, par le respect pour d’autres droits humains fondamentaux.

Les Ligues estiment que les journaux à scandales violent, en invoquant sous un prétexte opportuniste et injustifié l’exception de la « pertinence sociale ». Si cette pertinence est parfois justifiée, les exemples mentionnés dans le dossier démontrent les dérapages en la matière et doivent inciter à la presse à être plus vigilante quant au respect de la vie privée des personnes publiques. Les médias, même les tabloïds, doivent assumer leur responsabilité sociale en la matière. Le franchissement de fine ligne rouge, aussi ténue soit-elle, entre public et privé, doit rester une exception et n’être envisageable que lorsque cette pertinence sociale s’impose, dans le respect pour les principes déontologiques. Des principes qui doivent jouer un rôle de premier plan aussi bien dans la presse de qualité que dans la presse à sensation.

Pour les journaux à scandales,  le défi est double : tenir compte du désir de la sensation du lecteur moyen et en même temps respecter la dignité des personnes connues. Cette tâche n’est pas facile, mais le défi est justement de trouver un équilibre acceptable entre les deux. Qui dit que les potins ne peuvent pas être qualitatifs ?